janvier 10, 2017 pierreleboucher

Les 110 conseils du directeur de la photographie – Ed Moore

« 110 things i’ve learned in 10 years as a DP » est une liste de conseils publiée le 17 octobre 2016 par Ed Moore sur le site Medium. Il partage ici 10 ans d’expérience en tant que directeur de la photographie, une liste qu’il aurait aimé avoir lu au début de sa carrière.

Merci à lui de m’avoir laissé traduire et partager son expérience en français. N’hésitez pas à commenter, corriger ou même partager cet article si celui-ci vous semble utile.

  • Un bon directeur de la photographie maîtrise la prévisualisation : c‘est la différence entre prendre une image et créer une image.
  • Votre atout principal ? Les réalisateurs qui vous font travailler. Il faut développer et entretenir ce réseau.
  • Il y aura beaucoup de jours chômés, mais ce n’est pas une fatalité. Ne laissez pas l’inquiétude les gâcher !
  • Vos références et votre réputation comptent bien plus que votre bande-démo pour trouver du travail .
  • Assurez-vous que votre CV et votre présence digitale soient aussi soignés que votre travail.
  • Lorsqu’il s’agit de travailler avec quelqu’un, un enthousiasme exacerbé peut avoir un arrière-goût de détresse. Attention, la frontière est mince entre avoir l’air motivé vs. avoir l’air désespéré !
  • Ne partez pas du principe qu’avoir un agent entraînera une augmentation soudaine de vos propositions de travail. C’est principalement votre réseau et votre réputation qui en seront moteurs. Un agent améliore votre crédibilité, se charge des négociations, gère la partie administrative et tient un rôle de conseil.
  • Les scénaristes sont potentiellement des producteurs et des réalisateurs en devenir. Considérez-les comme tels et restez en contact.
  • Vous vous verrez surtout proposer des projets semblables à vos références existantes. “Dress for the job you want”, adaptez-vous en conséquence !
  • Parfois, refuser une proposition de travail peut être la meilleure décision à prendre pour le long terme.
  • En général, il est préférable d’être le directeur photo qu’ils auraient aimé avoir les moyens de recruter plutôt que celui qui sous-estime tous les autres.
  • Prenez garde : une fois que vous acceptez de baisser vos tarifs, il est presque impossible de faire marche arrière plus tard.
  • C’est bien de pouvoir expérimenter d’autres fonctions sur le plateau avant d’être directeur photo, mais rien ne vaut le temps passé en tant que tel ! Même sur des productions sans budget. Vous n’apprendrez jamais à jouer du piano en étant celui qui tient la partition, même en étant au plus près de l’action.
  • Vous pouvez bien être le cinéaste le plus talentueux du monde, si vous n’êtes pas bon en interview il vous sera difficile de décoller !
  • Pour un homme muni d’un marteau, tout ressemble à un clou. Attention, ce n’est pas parce que vous pouvez faire une chose que vous devez la faire (aussi bien à la caméra qu’à la lumière).
  • Parfois, il vaut mieux ne pas en faire trop ! Utilisez avec modération les mouvements de tilt et de panoramiques sur un travelling ou une grue.
  • Apprenez à cadrer sur roues. C’est une technique que vous pourrez utiliser avec d’autres configurations caméra.
  • Les images à la caméra portée rendent rarement bien si vous essayez de rajouter du tremblement.
  • Les assistants-réalisateurs pensent souvent que la caméra portée permet de gagner du temps car vous ne vous concentrerez pas autant sur la lumière avec la caméra sur votre épaule.
  • C’est mieux d’avoir une caméra pour laquelle l’Easyrig n’est pas nécessaire en premier lieu.
  • Pensez à la taille moyenne des écrans de TV lorsque vous planifiez la taille des plans.
  • Un plan serré est beaucoup moins percutant s’il est répété à chaque scène.
  • Résistez à l’envie de faire des allers-retours sans raison sur le slider pendant une prise. Cf. point 15.
  • Sur un plan serré, cadrez bien le sujet principal avant même de penser à positionner le sujet flou (dirty character).
  • Il existe de nombreux angles intéressants… pour un peu que vous vous affranchissiez des règles de cadrage !
  • Faites attention à la pression du temps sur un tournage, cette pression qui détermine votre configuration caméra au détriment de l’originalité d’un plan.
  • Installez des marques ou trouvez des repères lors des mécaniques de sorte que vous n’ayez pas à demander au comédien de se tenir debout avant chaque prise.
  • Ménagez votre assistant caméra en essayant de garder la caméra aux mêmes distances durant vos prises, ou en le prévenant à l’avance s’il est possible que cela change. Une manière simple de juger de l’expérience d’un opérateur…
  • Vous pouvez améliorer votre composition en modifiant les marques au sol des comédiens avant de manipuler la caméra. Demandez-leur avant la prise si les nouvelles marques conviennent.
  • Positionnez-vous sur la dolly pour être confortable à la fin du mouvement.
  • Si l’équipement technique se rapproche d’un peu trop près de vos “safety lines”, il y a probablement une meilleure façon d’obtenir le même effet d’éclairage ou mouvement de caméra en ayant plus de marge.
  • Le nom le plus important à retenir sur un tournage, outre le casting, est celui de l’opérateur perche.
  • Les différences entre les optiques sont généralement exagérées. N’allez pas vers les plus chères si cela implique de sacrifier l’éclairage ou le staff, ces deux-là ayant bien plus d’effet sur votre image.
  • Evitez de passer votre temps chez les loueurs à tester des optiques en oubliant de tester l’éclairage ou d’échanger avec le chef décorateur. Vous serez tenté de croire que les objectifs définissent le plus l’apparence de votre projet, alors qu’ils ne sont qu’un élément parmi tant d’autres.
  • Les optiques T1.3 sont très utiles surtout dans des endroits minuscules ou lorsque le département artistique est insuffisant.
  • Essayez d’ajouter des optiques 21mm, 40mm et 65mm à votre série. Elles finissent pas être très utiles.
  • Munissez-vous d’un moniteur pour enregistrer chaque prise et avoir votre propre lecture instantanée. Vous vous demanderez comment vous avez fait sans avant !
  • Résistez à l’envie d’être le directeur de la photographie qui possède une fortune en équipement; Si vous avez autant d’argent, autant l’investir dans la pierre !
  • Il n’y a rien d’exceptionnel à vouloir tout faire à la caméra. Il faut parfois accepter que certains effets comme les aberrations optiques ou les filtres d’effets peuvent se faire en post-production.
  • Lorsque vous utilisez des filtres IRND qui teintent l’image, faites toujours une balance des blancs dans la caméra.
  • Ayez toujours à portée de main une caméra plus petite pour saisir des inserts ou des ”esta”. Cela peut faire la différence.
  • Quand il s’agit d’éclairage, “less is more” : moins on en fait, mieux c’est.
  • Encore moins que ça…
  • Vous êtes probablement encore en train de vouloir en faire trop !
  • Avant de ramener de l’éclairage, assurez-vous que ce qu’il y a déjà naturellement n’est pas mieux.
  • En général, c’est plus rapide de « récupérer » de la lumière que de l’ajouter.
  • La plupart des prises de vue auraient besoin d’un remplissage négatif.
  • En cas de doute : éclairez en contre.
  • Si le l’éclairage en contre est impossible : essayez l’éclairage latéral.
  • Utilisez des lumières vraiment grandes et vraiment très loin.
  • Autant que possible, éclairez à travers les fenêtres et garder l’éclairage sur l’ensemble à un minimum absolu.
  • Vous vous demandez si il n’y a pas un projecteur en trop, ou vous trouvez que votre scène est trop éclairée ? Souvent, c’est la dernière source que vous avez ajoutée.
  • Utilisez à votre avantage la loi du carré inverse pour les longues et les courtes distances.
  • Les luxmètres sont utiles mais un bon luxmètre est surtout un bon moniteur.
  • Ne laissez jamais un éclairage continu vous forcer à réaliser une prise médiocre.
  • Chaque plan est une opportunité pour le style visuel; Ne passez pas un temps infini sur un plan large et le reste sur votre smartphone (Les plans serrés feront aussi la différence une fois la scène montée).
  • Demandez à éviter les endroits exposés plein sud au repérage.
  • Commandez toujours des ballasts à grande vitesse (surtout pour les publicités).
  • Commandez toujours un filet de camouflage pour masquer les ombres des cadres textiles.
  • Le cauchemar de l’éclairage, c’est : en extérieur, de jour, avec des nuages intermittents et des vents forts. A éviter.
  • En réalité, vous avez besoin de la moitié seulement de la brume que vous pensiez utiliser.
  • Pour un meilleur aspect de la brume, gardez la caméra près du sujet pour éviter de tourner dans trop d’air. L’arrière-plan sera toujours très bien mais vous conserverez le contraste au premier plan.
  • La version “théâtre” complète du catalogue des échantillons de gélatines contient beaucoup plus d’idées que la version réduite des « cinématographes ». Il y a plus de nuances que juste  du CTO au CTB.
  • Les réflecteurs poly sont plus brillants que vous le pensez. Essayez de draper avec de la mousseline écrue.
  • N’ayez pas peur de la lumière dure. Elle n’est pas réservée uniquement aux « contres ».
  • Maîtrisez le Source 4. N’oubliez pas que de nombreux électriciens de cinéma n’y sont pas habitués. Les versions à optique fixe sont bien mieux que les zooms.
  • Une source large en top rend très bien si vous pouvez mettre une jupe afin qu’elle ne diffuse pas sur les murs.
  • Un emplacement bien éclairé avec des échafaudages, c’est top ! Ayez-en toujours avec vous.
  • Branchez tout sur gradateurs
  • Le monde du théâtre et des lives est à des années-lumière en avance sur le cinéma, en ce qui concerne l’utilisation de systèmes de contrôle et d’éclairage intelligent. Inspirez-vous en !
  • Les projecteurs hybrides LED sont bons, mais les LEDs RVB sont encore meilleures.
  • Les louvers sont indispensables.
  • Une boîte à lumière est une utilisation efficace de l’espace dans un angle. Mais testez par vous même : Une source en réflection vous permettra d’obtenir une lumière légèrement plus douce qu’une source directe à travers une diffusion au prix de deux diaphragmes.
  • Les sources lumineuses indésirables peuvent affecter votre image à ISO800 et plus. Assurez-vous que le déversement latéral des lumières, les panneaux d’évacuation d’incendie ainsi que les LED soient bien couverts.
  • Une combinaison machino/electro est bénéfique sur toutes les productions… sauf les plus petites. Ne vous entourez pas de nombreux électriciens qualifiés si vous ne pouvez pas mettre la lumière ou le textile là où c’est nécessaire.
  • Un barracuda sera rarement utile. En général, la configuration prend une éternité et finit par affecter vos prises. Essayez un déport matt-boom.
  • Un grand cadre de diffusion sur une nacelle élévatrice résout beaucoup de problèmes, mais un vent fort peut compromettre l’opération.
  • Méfiez-vous de la tendance des directeurs photo à considérer le mot «digital» comme un gros mot ou une caractéristique à éviter ou compenser.
  • Formez-vous autant que possible sur l’imagerie numérique et la science des couleurs. En tant que directeur de la photographie, c’est votre job de connaître les mêmes infos sur le numérique que vous pourriez connaître sur les stocks de films et les techniques de traitement. Sans cette connaissance, vous léguez beaucoup du contrôle de votre image au DIT et au coloriste.
  • Attention aux charlatans ! En général, si quelqu’un n’arrive pas à expliquer clairement un concept ou une technologie, c’est qu’il ne les comprend pas.
  • Assistez toujours à l’étalonnage, même si vous êtes sur un autre tournage au même moment. Ne pas remplir cette fonction peut contribuer à la dévalorisation de ce métier et impacter directement son niveau de revenu.
  • Filmez une charte de couleurs précise qui inclut des références de tons de peau dans chaque configuration.
  • Installez votre DIT à proximité du plateau de sorte que vous pouvez garder un œil sur ce qu’il fait au quotidien. Communiquez tôt et régulièrement afin que les décisions stylistiques intentionnelles ne soient pas figées.
  • Formez-vous autant que possible sur le VFX. Visitez un studio pour voir comment vos images sont traitées. Votre connaissance des écrans verts et des marqueurs de suivi devrait être presque aussi bonne que celle d’un superviseur VFX.
  • Rappelez-vous que, en plus de vos fonctions cinématographiques, vous êtes également responsable de ce qui est en général le plus grand groupe de personnes sur le plateau. Lisez quelques livres sur le management et les ressources humaines.
  • Votre réputation est grandement liée au comportement du staff que vous recrutez.
  • Votre chef-électricien et votre chef-machino ont un rôle crucial sur le tournage. Si vous ne les connaissez pas, une entrevue informelle avant le tournage est le minimum à faire avant de vous engager à passer des semaines à travailler à leurs côtés.
  • Ce n’est pas parce qu’un membre du staff a des références énormes qu’il est automatiquement la bonne personne pour le job.
  • Les femmes sont souvent meilleures à leur poste que leurs équivalents masculins. Elles ont généralement eu à travailler beaucoup plus pour obtenir la même position. Notre milieu est gangrené par des clichés très profondément ancrés et nous avons beaucoup de progrès à faire à ce sujet !
  • Assurez-vous que votre équipe a réellement lu les manuels de votre équipement technique. Beaucoup de pièces sont retournées avec colère au loueur alors qu’elles sont parfaitement fonctionnelles.
  • Ne sous-estimez pas le management de votre équipe. C’est à la fois contre-productif et terrible pour le moral.
  • Repousser votre réveil d’une demi-heure ne vaut vraiment pas la peine.
  • Profitez du petit-déjeuner pour relire le script du jour.
  • Utilisez Waze pour éviter les embouteillages.
  • Prenez votre café du matin bien avant le PAT* pour rester concentré sur les décisions cruciales de début de journée, sans chercher à vous éclipser aux toilettes à la 1ère occasion.
  • Partez du principe que toute personne que vous ne reconnaissez pas sur le plateau est un producteur exécutif : traitez-la comme telle.
  • Prévoyez bien les pré-configurations avec votre chef-électricien afin que le calage puisse commencer dès que l’appel est fini. Pas terrible pour le casting et le metteur en scène de devoir slalomer entre des échelles et des électriciens sur le plateau !
  • Sur un film, il est très mal vu de ne pas tourner dans l’heure qui suit l’appel.
  • Rien de bon n’arrive après la 1ère bière, à l’hôtel du staff. Et c’est de pire en pire avec l’âge ! Commencez votre nuit tôt.
  • Souvent, la meilleure chose que vous pouvez faire pour améliorer votre travail du lendemain, c’est d’aller au lit à 21h.
  • Ne négligez pas le directeur et les producteurs. Il est tentant de traîner avec l’équipe de tournage, mais ce ne sont pas eux qui vont vous placer sur le prochain projet !
  • Quand un réalisateur vous demande votre avis sur la manière de diriger une scène, c’est une grande preuve de confiance ! Ne la gâchez pas en n’ayant aucune réponse prête dans votre tête.
  • Lorsque vous travaillez avec un nouveau directeur, assurez-vous d’être d’accord sur ce que vous entendez par “sombre”, “audacieux”, etc.
  • Soyez méfiant face au conservatisme et à la résistance au changement, inhérents à une grande partie du milieu cinématographique.
  • Rappelez-vous, à la préparation, que les budgets sont un jeu à somme nulle : les ressources qui vous sont allouées sont prises à quelqu’un d’autre…
  • Respectez le travail du producteur exécutif et profitez de toutes les occasions possibles pour maîtriser vos coûts. Soyez réaliste sur vos besoins et cherchez des moyens de simplifier vos méthodes pour les mêmes résultats. Inutile de commander des équipements pour ensuite leur faire prendre la poussière au fond d’un camion.
  • C’est en dehors de votre zone de confort que vous serez meilleur.
  • Vous n’êtes pas “plus grand” que le job que vous avez eu. Restez humble.
  • Le succès des autres ne signifie pas votre échec.
  • En tant que directeur de la photographie, vous valez plus que la somme de toutes les choses que vous avez apprises sur le chemin pour en arriver là.
edmoore

Ed Moore

DOP - Directeur de la Photographie

Ed is an extremely adept DP in high demand for his combination of beautiful results with a focussed, story-led approach. His work has taken him across Europe and worldwide.

Je remercie Diane Brissonnaud, Oscar Cozic, Nicolas Paprota et Victor Quintard pour leur aide apportée à la traduction de cet article.

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